ANNEXE II
POUR UNE CIVILISATION DE PAIX

 

LE 29 SEPTEMBRE 1992

Discours du Président de la République d’Haïti
Jean Bertrand Aristide
à la 47ième Session ordinaire de
l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies

POUR UNE CIVILISATION DE PAIX

NATIONS UNIES, LE 29 SEPTEMBRE 1992

Puissent les Nations Unies et l’Organisation des États Américains se trouver ensembles en Haïti pour qu’enfin les belles résolutions se transforment en actions visibles et fructueuses.

Leve Kanpe poun reziste.

Jis demokrasi a retounen.

Monsieur le Président,

Au nom du Peuple Haïtien, je suis heureux de vous saluer et de vous présenter nos chaleureuses fécilitations pour votre élection à cette quarante septième session de l’Assemblée Générale.

Je suis également heureux de saluer votre Prédécesseur, Monsieur Chihabi, et le Nouveau Secrétaire Général, Monsieur Boutros Boutros-Ghali à qui j’adresse mes plus sincères félicitations pour cette lourde responsabilité.

Distingués diplomates,

Chers amis de la communauté internationale,

Que je suis heureux de vous saluer et de souhaiter la plus cordiale bienvenue aux Nations sœurs qui viennent d’arriver à la maison de notre grande famille !

Comme toujours, le Peuple Haïtien ne peut s’empêcher de saluer, de façon particulière, le Président Carlos Andres Perez et le Peuple Vénézuélien.

Monsieur le Président,

Au seuil du troisième millénaire, les signaux lumineux qui jaillissent de la pollution politique nous convoquent tous au dialogue pour instaurer progressivement une civilisation de Paix. La fin de la guerre froide ouvrait pour le monde de nouvelles perspectives de paix et de coopération. Cependant, les foyers de tension et l’irruption de nouveaux conflits régionaux ont assombri le tableau des relations internationales. De la pollution politique à l’échelle planétaire surgissent : conflits armés, guerres, massacres, coup d’état contre la démocratie. Aussi, aimerions-nous partager humblement avec vous :

HUIT BÉATITUDES DÉMOCRATIQUES POUR UNE CIVILISATION DE PAIX

PREMIÈRE BÉATITUDE DÉMOCRATIQUE

Heureux ceux qui défendent la démocratie, que la paix règne chez eux !

La condamnation du coup d’état du 30 septembre 1991 exprime la volonté des Nations-Unies de défendre les principes démocratiques et les droits du Peuple Haïtien. Nous vous en remercions chaleureusement.

L’instauration de cette civilisation de paix à l’échelle de la planète passe nécessairement par le rétablissement de l’ordre constitutionnel en Haïti, où le sang coule, les cadavres s’amoncellent, la répression s’intensifie….

LE COUP D’ÉTAT EN SOI EST UN CRIME
CONTRE L’HUMANITÉ.

CES 12 MOIS SYMBOLISENT UN DOUBLE
CRIME CONTRE L’HUMANITÉ.

QUE S’OUVRE ENFIN LA PORTE DU RETOUR
POUR QUE BRILLE LA PAIX !

JOU SA A ! ! !

Cinq jours avant le coup d’état du 30 septembre 1991, ici, à la tribune de l’ONU, le Peuple Haïtien a crié :

DÉMOCRATIE OU LA MORT !

Aujourd’hui, au nom des 3,000 personnes assassinées par les ennemis de la Démocratie, le Peuple Haïtien pousse avec la MÊME Conviction - à la MÊME Tribune - le MÊME cri : DÉMOCRATIE OU LAMORT.

Qui veut la paix, défend la démocratie,

La pè ak demokrasi
Se Kòkòt ak cheri.
Youn pa vi v s an l òt .

La pè ak demokrasi
Se Ayiti ak Ayisyen.
Youn pa vi v s an l òt .

La pè ak demokrasi
Se nou ak mwen.
Youn pa vi v s an l òt .

Que la paix revienne en Haïti !

Que la paix revienne aussi en Yougoslavie et en Somalie ! La République d’Haïti condamne les actes de terrorisme et de génocide aboutissant au paroxysme de l’horreur. Nous en appelons à la responsabilité de la communauté internationale pour l’instauration progressive d’une civilisation de paix.

DEUXIÈME BÉATITUDE DÉMOCRATIQUE

Heureux ceux qui favorisent la croissance économique, car la paix et la misère économique sont incompatibles.

Mizè ak la pè
Se lèt ak sitron.
Youn pa vle wè lòt.

Mizè ak la pè
Se Ayiti ak Cédras.
Youn pa vle wè lòt.

Lègen la gè nanvant,
Pagenla pè nantèt.

Depuis la seconde guerre mondiale, la production mondiale a baissé pour la première fois de 0.5% l’an dernier. Dans les pays en développement, la dégradation des conditions économiques et sociales est spectaculaire. D’où, misère infra-humaine, abus de drogue, augmentation de la criminalité…

Les 20% des plus riches du monde
ont 83% du revenu mondial.

Les 20% des plus pauvres de la planète
n’ont que 1.4%.

Aujourd’hui nous avons 1.2 billions de pauvres dans les pays en développement.

En l’an 2000, nous en aurons 1.3.

En l’an 2025, nous en aurons 1.5.

Or, le principe de base du droit international public est un principe d’égalité. Dans ce contexte, Aristote nous rappelle que la politique exige une relation de réciprocité et de symétrie où les citoyens sont mis les uns à côté des autres et non les uns sur les autres.

Tout moun se moun.
Moun respekte moun.
Moun pa ret ak moun.

De même, dans son ouvrage « LA JUSTICE POLITIQUE », Otfried Hoffe, titulaire de Chaire d’Éthique et de Philosophie Politique, nous rappelle que « pris dans un ensemble, Platon et Aristote déploient un bouquet bigarré de raisons pour montrer qu’une vie en commun est profitable à toutes les parties prenantes ».

Les rapports, dès lors, sont régis par des lois ;
Des lois à respecter.
Des lois à ne pas transgresser.
Des lois pour une société de droit.

LA JUSTICE DOIT ÊTRE L’OXYGÈNE DE L’ÉCONOMIE

Comment parvenir à une civilisation de paix sans une croissance économique et humaine à l’échelle du monde !

C’est bien dans ce monde où :

Près de 3 000 000 d’enfants meurent chaque année de maladies contre lesquelles il existe des vaccins. Sur chaque 3 enfants, 1 souffre de malnutrition grave.

Pourquoi tant de souffrances ? Entre la souffrance et l’opulence, y a-t-il offense ? Le Sud compte 77% de la population mondiale, mais ne dispose que de 15% du revenu de la planète. En Amérique Latine, 17% des propriétaires terriens contrôlent 90% des terres. Plus du tiers de la population rurale ne dispose que de 1% des terres cultivables.

Comment parler de paix quand l’égalité des droits civiques devient inégalité socio-économique ? Contraste flagrant. Contradictions spectaculaires, dues aux violations des droits de la personne.

Chez nous en Haïti, c’est encore pire. Les structures d’exploitation que nous avons héritées doivent être transformées démocratiquement en structures de participation et de justice. Participation de tous. Justice pour tous. Transparence en tout.

Dès lors, nous n’aurons plus cet héritage colonial projeté par ce tableau statistique, à savoir :

1% de la population possède
plus de 45% des revenus nationaux.

1.8 médecins pour chaque 10 000 habitants.

1.9 infirmières pour chaque 10 000 habitants.

Dans nos 56 hôpitaux, dits hôpitaux,
1.5 lits pour chaque 1 000 malades.

59% d’urbains et 3% de ruraux ont accès à l’eau potable.

85% d’analphabètes d’une intelligence lumineuse.

Anafalbèt pa bèt.

Il nous incombe la lourde responsabilité de promouvoir la création d’emplois productifs et rémunérateurs. Nous y parviendrons par l’application des politiques macro-économiques judicieuses, et des mesures efficaces sur le plan méso-économique.

Aussi, devrons-nous comme toujours, situer la personne humaine au cœur du développement, permettre le bon fonctionnement du marché, remédier aux déficiences, mettre en place des infrastructures matérielles, soutenir les activités d’intérêts publics, développer des rapports harmonieux avec le secteur privé, lutter contre les structures de corruption.

Le processus constitutionnel préservera la participation de tous et la justice pour tous. L’unité dans la diversité esquisse la topologie politique où les différences de vue s’harmonisent démocratiquement.

PLUS IL Y A ÉGALITÉ DES DROITS CIVIQUES, MOINS IL
Y AURA INÉGALITÉS SOCIO-ÉCONOMIQUES.

Chodyèa pa dwebouyi yousèl bò
Fòk gen manje pou nou tout.
Travay pou nou tout.
Respè pou nou tout.

Jistis pou nou tout.
Tout moun se moun.
Moun respekte moun.
Moun pa ret ak moun.

La République d’Haïti partage l’angoisse des peuples appauvris, affamés et abandonnés. Ils sont nombreux, les peuples dépossédés, qui réclament en vain ce qui leur est dû.

En adressant nos remerciements anticipés à tous les amis d’Haïti qui voudraient envoyer de l’aide humanitaire en Haïti, nous vous prions de bien vouloir coordonner la canalisation de l’aide humanitaire avec le Gouvernement Constitutionnel de la République d’Haïti et les ONG qui accompagnent la marche du Peuple vers la Démocratie.

En dépit des controverses soulevées autour de l’embargo, le Peuple Haïtien redit Oui à l’embargo. Qu’il soit enfin un embargo réel, intégral et total. Que le flot d’armes nouvelles déversées continuellement en Haïti s’arrête. S’il faut tout un blocus pour y parvenir, le peuple Haïtien s’en réjouira.

Monsieur le Président,

Chers amis de la communauté internationale,

Pour les efforts que vous avez déjà déployés et pour le soutien que vous comptez nous offrir, merci mille fois.

Un an, c’est trop.
Douze mois, c’est trop,
Tout priyè gen amen.
Li lè pou n di amen.

TROISIÈME BÉATITUDE DÉMOCRATIQUE

Heureux ceux qui héroïquement disent :

NON À L’IMPUNITÉ !
NON À LA VENGEANCE !
OUI À LA JUSTICE !
NO JUSTICE ! NO PEACE !

Le refus de bénir l’impunité s’inscrit dans la grammaire de justice et de moralité. En effet, l’article 42.3 de la Constitution de la République d’Haïti stipule :
« Les abus, violences et crimes perpétrés contre un civil par un militaire dans l’exercice de ses fonctions relèvent des Tribunaux de Droit Commun ».

En moins d’un an, 3,000 personnes sont assasinées, plus de 40,000 réfugiés politiques, des centaines de milliers de citoyens en fuite à travers le pays, plus d’une centaine de journalistes victimes de la terreur des militaires, la presse baillonnée, des prêtres sont arrêtés, battus, emprisonnés. Mgr Willy Romélus, des religieux, religieuses et membres des communautés ecclésiastiques de base ou Ti Legliz sont continuellement persécutés. Les organisations paysannes, populaires, socio-professionnelles et syndicales sont systématiquement démantelées ou ciblées. Bien des Parlementaires sont persécutés, un Député a été froidement assassiné. Le sang coule, les cadavres s’amoncellent. Jamais Haïti n’a connu une dictature si féroce, si sanglante.

Rejetés par tous les États du monde, ces criminels sont pourtant reconnus par le Vatican. Le seul État qui a choisi de bénir les crimes qu’il aurait dû condamner au nom du Dieu de Justice et de Paix.

Quel scandale !

À cause de l’impunité, ces mêmes armes ont brûlé, le 2 juin dernier, l’orphelinat des enfants Lafanmi Selavi ; ces mêmes armes ont brûlé, le 5 février 1991, 4 enfants de rue et leur orphelinat ; ces mêmes armes, le 11 septembre 1988, ont brûlé l’Église St-Jean Bosco et la vie d’une cinquantaine de personnes humaines. Ceci, en plein jour et en pleine célébration eucharistique.

Ils ont brûlé des vies humaines
Mais jamais, jamais
Ils ne pourront brûler notre amour.

Que la force de l’amour pourchasse
les ténèbres de la haine
et allume les phares de la paix !

À la lumière de cette paix où, dirait Anaxagore, « le visible ouvre nos regards sur l’invisible », qu’on se demande :

    1. Quelle aurait été l’attitude du Vatican
      si Haïti était habitée par des blancs ?

    2. Quelle aurait été l’attitude du
      Pape Jean-Paul II si Haïti était polonaise ?

    3. En octobre prochain, le Pape Jean-Paul II se trouvera à quelques kilomètres d’Haïti. Sera-t-il le Bon Samaritain ou le Grand Prêtre ? St-Luc 10, 30-37.

En attendant, amour et paix au Pape, car on n’a aucun mérite à aimer ceux qui nous aiment, nous dit St-Luc 6, 32.

QUATRIÈME BÉATITUDE DÉMOCRATIQUE

Heureux ceux qui réduisent les dépenses en armement et augmentent les dépenses en développement humain !

Les dépenses militaires mondiales s’élèvent à 2 000 000 dollars par minute. De 1945 à nos jours, quelques 150 guerres ont eu lieu faisant un total de 20 millions de morts.

Au niveau des pays en développement, au cours des trois dernières décennies, les dépenses militaires sont passées de 24 milliards à 173 milliards de dollars.

Réduire l’achat d’armements, augmenter les dépenses en développement humain, voilà ce qui favorise la paix. Chez nous, malheureusement, les dépenses militaires conduisent non à la paix, mais au massacre d’une population non violente. Une armée de 7 000 hommes consomme 40% du budget national. Contradictions aigües ! De la drogue, n’en parlons pas. Certains officiers sont impliqués jusqu’au cou dans le trafic de la drogue, source de corruption par excellence.

Face à tant de corruption, des millions de victimes semblent dire comme Cicéron :

« Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? » :

« How long will you continue to abuse our patience, Catiline ? »

En effet, le peuple exprime son rejet catégorique de cette armée. Nous n’en avons pas besoin, ne cessent-ils de répéter. Une police, Oui ! Cette armée de criminels, Non, déclarent-ils à qui veut les entendre.

À l’écoute du Peuple et de la Constitution, nous, Président de la République d’Haïti, répondons en ces termes :

L’armée, Oui. Telle qu’elle est, Non. L’armée doit être libérée de Cédras et de sa clique, responsables de la mort de plusieurs milliers de personnes.

Une fois libérée, l’armée sera intégrée dans un processus de professionnalisation et selon ce que prescrit la Constitution, nous procéderons à la création d’une force de police séparée de l’armée. Ceci pour le maintien de la paix.

L’État constitutionnel et démocratique exclut le despotisme, la tyrannie, l’anarchie et le pouvoir absolu car le pouvoir absolu corrompt absolument.

Monsieur le Président,

La République d’Haïti serait heureuse de voir les Nations-Unies constituer des commissions composées de défenseurs des droits de la personne chargées d’enquêter sur les violations des droits fondamentaux commises du 30 septembre 1991 à nos jours. Leur présence en Haïti s’avère nécessaire pour prolonger ainsi la belle expérience que nous avions ensemble entamée après les élections du 16 décembre 1990.

Puissent les Nations Unies et l’Organisation des États Américains se trouver ensembles en Haïti pour qu’enfin les belles résolutions se transforment en actions visibles et fructueuses.

CINQUIÈME BÉATITUDE DÉMOCRATIQUE

Heureux ceux qui résistent contre la pollution politique car ils feront briller le soleil de la paix !

L’injustice délibérée ouvre deux voies parallèles : la soumission et la résistance. Nous, fils et filles de Dessalines, de Toussaint Louverture, de Charlemagne Péralte, nous disons non à la soumission et oui à la Résistance.

Tolérant à l’égard des intolérants, non violent à l’égard des violents, flexible à l’égard des inflexibles, le Peuple Haïtien doit dynamiser la Résistance et la mobilisation libératrice pour l’avènement d’une société démocratique.

Oui, Fils et Filles de liberté,
Fils et Filles de dignité,
Nous rejetons la soumission,
Nous choisissons la Résistance.

L’autoroute de la Résistance nous conduira de nouveau à la stabilité politique, condition sine qua non pour le développement économique. Février 91 - Septembre 91, sept mois de paix ! Sept mois de stabilité politique ! Sept mois de sécurité lavalassienne !

Zenglendo, pa !
Chef seksyon, pa !
Tonton makout, pa !

Fanm vanyan,
Pale mwa d sa !
Gason vanyan,
Pale mwa d sa !

Pazapa,
Ak la lwa
Sa ta va
Kòm sa dwa.

Ces sept mois de sécurité, certes nous ont permis d’obtenir de 15 donateurs internationaux 511 millions de dollars à titre de dons ou de prêts.

Hommage aux femmes d’Haïti, qui, par leur génie, ont tant dynamisé cette pédagogie de la RÉSISTANCE.

Kanta pou jenès Ayiti Toma a menm, se sa nèt.
Onè pou nou ! Chapo ba pou nou !

Par la RÉSISTANCE active et non violente, dynamisez la mobilisation devant défendre les droits de la personne. Le mépris de la vie humaine met en péril tant notre Haïti chérie que l’humanité toute entière.

Pèdi pou pèdi, se yo k pou pèdi.
Genyen pou genyen, se nou k pou genyen.

30 septanm 91, nou bite
30 septanm 93, leve kanpe.

Leve kanpe pou n reziste.
Jis demokrasi a retounen.
Jou sa a ! a a a

Jou va, jou vyen
Jou ale, jou vini,
Jou sa a ! a a a

La persévérance, dit Plutarque, est invincible. La RÉSISTANCE, disons-nous, est organique.

La République d’Haïti encourage tous ceux et toutes celles qui à travers les cinq continents, résistent contre les forces conflictuelles. C’est avec une attention soutenue que nous suivons les négociations qui se tiennent sur la paix au Moyen-Orient. Puissent-elles parvenir à un accord de paix dont toute femme et tout homme ont tant besoin.

SIXIÈME BÉATITUDE DÉMOCRATIQUE

Heureux ceux qui défendent la vérité, car ils cristalisentune source de justice et de paix.

En effet, le fondement de la justice est et demeure la VÉRITÉ. Les sciences humaines peuvent tuer ou alimenter la VÉRITÉ. Il enest de même pour le pouvoir politique. Quand les dirigeants puisent la vérité à la lumière de l’objectivité, ils contribuent au maintien de la paix.

Les forces économiques et anti-démoratiques peuvent déployer une stratégie susceptible de manipuler l’univers médiatique, diffusant ainsi la VÉRITÉ oppressive. Dès lors, l’Éthique doit surgir pour s’opposer à toute manipulation de la VÉRITÉ ou acceptation d’une vérité polluée.

Pour nous Haïtiens, Haïtiennes, notre existence est liée à nos racines d’être. Ces racines apportent la sève de la VÉRITÉ nue, de l’identité ethnique et de la dignité nutritive. Il y va de notre politique lavalassienne. Nous y puisons la sève de VÉRITÉ libératrice et de l’éthique démocratique.

De Socrate à Heidegger, de Hegel à Jean-Paul Sartre, au-delà des divergences philosophiques, notre Éthique politique nous oblige à puiser la VÉRITÉ à la source de l’objectivité. Ce, pour une civilisation de paix en VÉRITÉ et dans la VÉRITÉ.

Aussi avons-nous opté pour la démocratie constitutionnelle et non la démocratie schizophrénique impliquant rupture phychopathologique, dislocation structurelle, stéréotypies verbales, hypertrophie du super-ego collectif.

Comme toujours, il nous faut une psychologie politique favorisant la paix sociale et l’éclosion des intérêts nationaux.

Intérêts nationaux ! Voilà !
Intérêts du pays ! Voilà !
Intérêts de la Nation, nous obligeant
à transcender les rapports inter-personnels
pour sauver la Nation.

En témoigne la détermination de plus de 90% de la population haïtienne disant encore aujourd’hui Non aux putschistes. La Patrie d’abord !

Pour le drapeau, Pour la Patrie,
mourir est beau !
Ala yon pèp gen fyèl !
Paske nou gen fyèl.
Na rive jwenn myèl.

Myèl pou yon bann ak yon pakèt
Yon pakèt ak yon pil
Yon pilakyon dal
Yon dal ak yon foul moun
Kap chante :
« Lè na libere,
Ayi t i va bèl . »

Le soleil de cette paix brillera dans bien des pays. C’est avec joie que la République d’Haïti salue la présence des Nations Unies au Cambodge où l’on est si assoiffé de justice et de paix après deux décennies de guerre et de solitude.

Il brillera un jour en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Durant les 100 premières années qui ont suivi l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, nous avons perdu plus de 90 000 000 d’êtres humains. Début du génocide. Que le sang de nos ancêtres fertilise l’Amérique et la Caraïbe. Que leur esprit nous fortifie, nous guide pour le triomphe de la CIVILISATION DE PAIX.

SEPTIÈME BÉATITUDE DÉMOCRATIQUE

Heureux ceux qui, au-delà des barrières de classe et de race, s’aiment lavalassement.

Quand le Nègre ne vit pas en paix
Le Blanc ne jouit pas de sa paix.
Quand le Blanc ne vit pas en paix.
Le Nègre ne jouit pas de sa paix.
Aimons-nous lavalassement !

Que la paix des Nègres soit avec les Blancs !
Que la paix des Blancs soit avec les Nègres !

Quand le Pauvre ne vit pas en paix.
Le Riche ne jouit pas de sa paix.
Quand le Riche ne jouit pas de sa paix.
Le Pauvre ne jouit pas de sa paix.
Aimons-nous lavalassement !

Que la paix des Riches soit avec les Pauvres !
Que la paix des Pauvres soit avec les Riches !

La politique selon Aristote exige une relation de réciprocité et de symétrie où les citoyens sont mis les uns à côté des autres et non les uns sur les autres.

Pour bâtir l’unité dans la diversité,
Aimons-nous lavalassement !

L’aspiration à la paix est inhérente à la nature humaine. Puisse-t-elle féconder la praxis politique garantissant la croissance des cultures et le respect des droits humains.

Droit de vivre dans la liberté.
Droit de manger à sa faim.
Droit de travailler.
Droit de s’asseoir tous et toutes autour de la table démocratique.

Vivant en profonde communion avec nos Sœurs et Frères de l’Afrique du Sud, la République d’Haïti condamne énergiquement le système de l’Apartheid. Tel est bien un vestige moderne de l’esclavage rongeant jour après jour la dignité humaine.

HUITIÈME BÉATITUDE DÉMOCRATIQUE

Heureux ceux qui, auseuil du 3ième Millénaire, découvrent le vrai visage du peuple Haïtien.

LIBERTÉ ! DIGNITÉ ! FIERTÉ !

Telles sont des valeurs écrites en lettres d’or sur le front de ce Peuple héroïque marchant la tête haute en quête de paix.

Il y a 500 ans,
nos ancêtres, en quête de paix,
se sont jetés dans la mer abandonnant
ainsi les bateaux qui les transportaient
de l’Afrique à la Caraïbe.

Après 500 ans, des milliers de réfugiés politiques,
en quête de paix, se sont dirigés vers la mer,
car l’Haïtien préfère

MOURIR DEBOUT QUE DE VIVRE À GENOUX.

Que jamais plus, le vrai visage du peuple Haïtien
soit caché par celui de papa doc, Cédras et les
tontons macoutes rejetés viscéralement,
démocratiquement et définitivement
PAR UN PEUPLE AUX
MAINS NUES.

LIBERTÉ, DIGNITÉ, FIERTÉ, VOILÀ !
Celui ou celle qui connait la Diaspora Haïtienne
ou le 10ième Département
peut dire comme Archimède : Eureka ! J’ai trouvé.
Celui ou celle qui connait le Peuple Haïtien en Haïti
peut redire avec Archimède : Eureka ! J’ai trouvé.
J’ai trouvé Haïti où les racines de liberté
plantées par Toussaint Louverture
sont toujours combattues,
quelque fois battues,
mais jamais abattues.
Au nom du peuple
et de ses fils
et de son
Esprit Saint

AMEN

YON SÈL NOU FÈB,
ANSANMNOU FÒ,
ANSANM, ANSANM NOUSE LAVALAS.

Intérêts nationaux ! Voilà !
Intérêts du pays ! Voilà !
Intérêts de la Nation, nous obligeant
à transcender les rapports inter-personnels
pour sauver la Nation.

Pazapa,
ak la lwa
Sa ta va
Kòm sa dwa.

LIBERTÉ ! DIGNITÉ ! FIERTÉ !

Telles sont des valeurs écrites en lettres d’or
sur le front de ce Peuple héroïque marchant la
tête haute en quête de paix.

Nations Unies pour un monde uni.

Nations Unies par des peuples unis.

Chodyèa pa dwebouyi yousèl bò
Fòk gen manje pou nou tout.
Travay pou nou tout.
Respè pou nou tout.

Jistis pou nou tout.
Tout moun se moun.
Moun respekte moun.

Qu’il en soit ainsi
au nom du Peuple
et de ses Fils
et de son Esprit Saint,
amen.

Que la paix des Riches soit avec les Pauvres !
Que la paix des Pauvres soit avec les Riches !

Pour bâtir l’unité dans la diversité,
Aimons-nous lavalassement !

Ala yon pèp gen fyèl !
Paske nou gen fyèl.
Na rive jwenn myèl.
Myèl pou yon bann ak yon pakèt
Yon pakè t ak yon pi l
Yon pilakyon dal
Yon dalakyon foulmoun
Kap chante :
« Lè na libere, Ayiti va bèl. »
Jou sa a ! a a a

QUE S’OUVRE ENFIN LA PORTE DU RETOUR
POUR QUE BRILLE LA PAIX !
JOU SA A ! ! !

Jou va, jou vyen
Jou ale jou vini,
Jou sa a ! a a a

Qui veut la paix, défend la démocratie,

La pè ak demokrasi
Se Kòkòt ak cheri.
Youn pa viv san lòt.
La pè ak demokrasi
Se Ayiti ak Ayisyen.
Youn pa viv san lòt.
La pè ak demokrasi
Se nou ak mwen,
Youn pa viv san lòt.

Que la paix revienne en Haïti !

Défendre les droits de l’homme,
telle est la mission de l’ONU..

Jou sa a ! a a a

Garantir la paix,
telle est la mission de l’ONU.

Jou sa a ! a a a

Être un lieu de dialogue,
telle est la mission de
l’ONU.

Jou sa a ! a a a

LE 28 OCTOBRE 1993

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