DOCUMENTS ANNEXES
LEFFET ARISTIDE

Prêtre, formé au sein dune
communauté religieuse de lÉglise catholique
romaine, puis devenu le premier homme politique de son pays, le
Président haïtien Jean Bertrand Aristide a été
confronté aux difficiles relations entre son pays et le Monde
occidental. Dans ses discours à lONU, à la 46ième,
à la 47ième comme à la 48ième
Session ordinaire de lAssemblée générale
de lOrganisation des Nations Unies, le 25 septembre 1991,
le 29 septembre 1992 et le 28 octobre 1993, ce malaise est clairement
exprimé pour celui qui sait lire entre les lignes.

LE 25 SEPTEMBRE 1991
ANNEXE I
LES DIX COMMANDEMENTS DÉMOCRATIQUES
DE LA RÉPUBLIQUE DHAÏTI
Discours du Président
de la République dHaïti
Jean Bertrand Aristide
à la 46ième Session ordinaire de
lAssemblée générale de lOrganisation
des Nations Unies

NATIONS UNIES, LE 25 SEPTEMBRE 1991
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis-es,
de la 46ième Session Ordinaire de lAssemblée
générale.
Je suis heureux de vous saluer au nom du peuple
haïtien dont le cœur palpite au rythme de la liberté,
de la fierté et de la dignité.
Liberté conquise ! Fierté
retrouvée ! Dignité ressuscitée !
Au delà de la distance, sesquisse
le sourire dun peuple heureux de vous saluer lavalassement.
Au delà de la distance, retentit la voix
de la Nation haïtienne, heureuse dêtre unie aux
Nations Unies, heureuse dêtre ici aux Nations Unies.
Tandis que résonne lécho
de ces multitudes de voix haïtiennes, je voudrais vous présenter,
Monsieur le Président, mes plus chaleureuses félicitations
à loccasion de votre élection à la présidence
de la 46ième Session ordinaire de lAssemblée
générale. Vos qualités exceptionnelles et votre
riche expérience dans la gestion des problèmes internationaux
ravivent, certes, le feu de lEspérance.
Monsieur le Président,
Je profite de loccasion pour exprimer
nos sentiments de gratitude à votre illustre prédécesseur,
M. Guido de Marco, qui a su guider lAssemblée
générale des Nations Unies avec sagesse et compétence.
Je rends également un très grand hommage au courage
et à la patience du Secrétaire général,
M. Javier Perez de Cuellar, dont le mandat se termine malheureusement
dans les prochains mois. Incontestablement, il a su, avec habileté
et clairvoyance, mettre en œuvre les prescriptions dont la
Charte fait obligation à la communauté internationale.
Lorganisation des Nations Unies lui doit dans une très
grande mesure le regain de confiance dont elle jouit aujourdhui.
On se souviendra longtemps encore de ce représentant de la
diplomatie latino-américaine.
À vous chers amis latino-américains.
(En espagnol)
Donc à vous chers amis et compagnons
latino-américains, une accolade fraternelle ! Déjà
comme vous le savez, nous partageons la même expérience
de lutte, lutte contre lesclavage de lhomme par lhomme,
lutte pour lavènement du règne de paix et de
libération intégrale du continent latino-américain
et du monde tout entier. Compagnons, frères et sœurs,
hier unis à vous, aujourdhui toujours unis parce que
certainement avec la démocratie la victoire sera nôtre !
La vibration de ces cordes linguistiques minvitent,
si vous le permettez, à ajouter quelques notes, juste quelques
notes, à cette symphonie de langues.
(En anglais)
Je suis persuadé que les anglophones
sont heureux dentendre les voix haïtiennes leur adresser
un salut nest-ce pas ? Formidable ! nous voilà
ensemble sur le chemin de la démocratie, luttant contre linjustice
sous toutes ses formes et contre lexploitation. Le monde,
jen suis sûr, sera meilleur. Allons-y ! Ensemble
et en fortifiant notre solidarité.
Nombre de nos frères africains et arabes,
bien sûr parlent langlais. Ce qui ne nous empêchepas
de faire appel, dune part, à la langue lingala pour
dire aux Africains !
(En lingala)
Je salue tous les Africains. Solidarité
entre lAfrique et Haïti ! Renouons les liens avec
lAfrique et retournons aux sources. Solidarité !
Main dans la main ! Jaime lAfrique et jinvite
les Africains à venir en Haïti.
(En Swahili)
Jaime lAfrique !
Et de faire appel, dautre part, à
lArabe pour dire aux sœurs et frères Arabes :
(En arabe)
Comment allez-vous ? Ça va ?
Moi, je suis très heureux. Béni soit le nom du Seigneur !
Que la paix soit avec vous !
Pour la paix au Moyen-Orient, mon cœur
souvre aux Juifs avec ces mots de paix :
(En hébreux)
Que la paix soit avec vous. Béni soit
le nom de Yaveh. Jai vécu trois (3) ans en Israël,
ainsi jai appris votre langue et aujourdhui je suis
tout à fait heureux de vous dire, au nom de notre peuple :
Paix à vous tous. La chance soffre à nous de
réaliser ensemble bien de bonnes choses ; cependant
nous navons pas le temps aujourdhui de les évoquer
toutes. Que vienne ce temps. Béni soit le nom de Yaveh !
Comment tourner les regards vers lAllemagne et lItalie
sans dire à celle-là :
(En allemand)
Bonsoir ! Comment allez-vous ? Ensemble
nous sommes forts. Nous avons beaucoup de choses à réaliser
et, bien sûr, nous voyagerons toujours de concert vers la
démocratie.
Déjà jentends la voix dun
silence éloquent me demander et lItalie ?
(En italien)
Que retentisse une note italienne ! La
voilà ! Mieux vaux tard que jamais. Il maurait
été difficile doublier mes amis surtout quand
je pense quen ce moment même, nombre dentre eux
œuvrent pour la paix. Nous lavions dit mille fois à
tout un chacun et aujourdhui nous vous le disons à
nouveau : parler de paix cest parler en même temps
du peuple. Voilà pourquoi nous sommes heureux dêtre
avec vous. On y va !
(En créole)
Devinez quelle langue va faire son entrée
aux Nations Unies en ce moment même ? Une belle langue,
une très belle langue. il ny en a pas deux comme elle,
cest notre créole à nous. Je lavais gardé
pour la fin car « les derniers seront les premiers ».
(En français)
Oui, on y va. On y va en compagnie de tous les
peuples, de toutes les Nations Unies pour un lendemain meilleur.
En effet cette décennie souvre
sur des événements susceptibles de déterminer
lavenir de lhumanité et suscite naturellement
espoirs et interrogations. La 46ième Session de
lAssemblée cristallise, croyons-nous, une période
de profonde réflexion pour la communauté internationale.
Contrairement aux périodes précédentes, cette
Session se déroulera au moment où de profonds bouleversements
modifient sensiblement les axes géopolitiques de la planète.
La dialectique dune politique bipolaire conduit la communauté
internationale àse demander : Quen est-il de la
succession et de la dévolution du siège de lURSS
à lAssemblée générale et au Conseil
de sécurité des Nations Unies ? Quen est-il
de la démocratie à léchelle mondiale ?
Il y va de lavenir des axes géopolitiques
qui ne devraient nullement cristalliser un pouvoir totalitaire et
absolu.
Au moment où la communauté internationale
se préoccupe de la modification des axes géopolitiques
de la planète, venons-en à notre chère Haïti,
la fille rebelle et fidèle.
Rebelle à tout diktat impérialiste.
Fidèle à toute prescription démocratique.
Aussi, parlons-nous essentiellement de dix (10)
jalons lumineux baptisés « les dix (10) commandements
démocratiques » surgissant de notre praxis démocratique.
Oui, notre message se limitera à ce champ démocratique.
Oui, notre message se limitera à ce champ démocratique
où se dressent en ligne droite « les dix (10)
jalons lumineux baptisés de dix (10) commandements démocratiques ».
1. Premier jalon
ou premier commandement démocratique :
Liberté ou la mort
Comme
vous le savez, Haïti a été lun des premiers
phares de la liberté dans lhémisphère
ouest. En 1791, nous avons offert au monde la première révolution
desclaves qui permit à des centaines de milliers de
Noirs de se délivrer du joug de la répression. Les
leaders de cette révolution victorieuse ont aidé à
financer la croisade de libération de Simon Bolivar en Amérique
du Sud. Cest en Haïti que, pour la première fois,
lesclavage fut aboli. Un pas de géant vers la libération
de lhumanité. De la révolution haïtienne
surgissent les racines de la Déclaration des Droits de lHomme.
LHaïti de Boukman, de Dessalines, de Toussaint Louverture
est et demeure la première République noire du monde.
Comme une étoile de liberté, Haïti
a brillé aux yeux de tous. À travers notre Histoire,
souvent glorieuse, parfois troublée, nous nous sommes toujours
souvenus avec fierté des exploits inouïs de nos ancêtres.
Les cris Liberté ou la Mort, Liberté ou la Mort, loin
de sétouffer dans un passé stérile, retentissent
continuellement au cœur du peuple devenu à jamais une
Nation libre.
Tout au long de notre marche vers 1991, malgré
notre contribution au monde libre, Haïti na pas pu ouvrir
toutes les portes de la communauté internationale. Les colons
dalors et leurs alliés ont eu peur de la liberté ;
nos dirigeants et loligarchie traditionnelle aussi. Des colons
blancs aux colons nègres il a fallu briser le joug des dictateurs
nègres et de leurs alliés internationaux.
Heureusement en 1986, à la surprise du
monde entier, le peuple haïtien a renversé un régime
dictatorial de trente ans. Tel fut le début de la fin dune
dictature dont les empreintes sont indélébiles.
Plus ces empreintes nous interpellent, plus
nous crions avec force :
Liberté ou la Mort, Liberté ou la Mort.

2. Deuxième jalon ou deuxième
commandement démocratique :
Démocratie ou la Mort
Après
avoir chassé le régime répressif et corrompu
des Duvalier, le 7 février 1986, au terme de cette longue
et courageuse lutte, le peuple de Charlemagne Péralte navait
quun choix : instaurer définitivement un régime
démocratique en Haïti. De ce fait, Liberté ou
la Mort nest autre que Démocratie ou la Mort. Aussi
avons-nous livré une lutte acharnée pour la conquête
de nos droits face aux groupes minoritaires qui ont eu le monopole
du pouvoir après 1986. Lutte acharnée et légitime
puisque le pouvoir na pas œuvré à changer
la nature de lÉtat qui, pendant longtemps, a créé
les conditions objectives pour maintenir le statu quo et le fonctionnement
de la machine dexploitation et de répression.
Enfin, le 16 décembre 1990, grâce
au courage héroïque du peuple haïtien, grâce
à votre contribution, nous avons réalisé pour
la première fois des élections libres, honnêtes
et démocratiques ! Honneur aux masses haïtiennes.
Gloire à nos ancêtres qui avaient déjà
mis en échec le colonialisme tout au début du XIXième
siècle. Bravo à la communauté internationale !
Bravo et applaudissements aux Nations Unies !
Oui, il sagit dune grande première
dans lHistoire. Pour une fois, pour la première fois,
un peuple dans un mouvement tactique génial a réalisé
une révolution par les urnes. Lélection du Président
de la République à plus de 70% dès le premier
tour, symbolise à la fois :
La victoire du peuple.
Le pouvoir du peuple.
Les revendications du peuple.
Ces élections libres, honnêtes
et démocratiques sont en somme la résultante dune
stratégie politique qui nous est propre, à savoir
lirruption historique de Lavalasse.
Nous avons lutté lavalassement.
Nous avons gagné lavalassement.
Nous avançons lavalassement.
Dune certaine manière, la stratégie
Lavalasse rejoint la pensée du Pape qui, dans son encyclique
Centessimus Annus, à laissé percevoir que les événements
de lEurope de lEst et de lUnion Soviétique
pavent la route vers la réaffirmation du « caractère
positif dune authentique théologie de la libération
intégrale de lhomme ». En Haïti, cette
approche théologique ne saurait se limiter à une simple
analyse de la réalité, elle se veut davantage une
méthode de pensée et daction à lécole
du pauvre, lieu privilégié de la Révélation
de Dieu, sujet historique de cette lutte pour la libération
intégrale de lhomme.
Cest à partir du vécu des
pauvres que sarticule la pédagogie de la praxis démocratique
alimentée et illuminée certes par la théologie
de la libération. La dialectique à établir
entre théologie de libération et politique de libération
traverse nécessairement le vécu du pauvre.
Quand Jean-Paul Sartre critiquant Hegel, affirme
que ce dernier oublie que le vide est vide de quelque chose, il
y a lieu pour nous théologiens de la libération de
proclamer que le vide du pauvre est avide et non vide de lessentiel.
Avide de libération, son vide insinue
une attente légitime dont lessence habite lEsprit
du pauvre.
Il vit en donnant vie à la démocratie.
À nous, élu démocratiquement dêtre
fidèle à ses droits.
3. Troisième jalon ou troisième
commandement démocratique :
Fidélité aux droits humains
Si
lêtre humain a des devoirs, il a certainement des droits.
Droits à respecter et à faire respecter. Droits à
garantir pour que sinstaure enfin un État de droit.
La Déclaration universelle des Droits
de l Homme est et demeure sacrée. Il nous incombe la
lourde responsabilité dobserver fidèlement la
Constitution pour « garantir nos droits inaliénables
et imprescriptibles à la vie, à la liberté
et à la poursuite du bonheur » conformément
à notre Acte dIndépendance de 1804 et à
la Déclaration universelle de Droits de lHomme de 1948.
Respect de la Constitution pour établir
le « pluralisme idéologique et lalternance
politique, fortifier lunité nationale, éliminer
les discriminations entre villes et campagnes, assurer la séparation
et la répartition harmonieuse des Pouvoirs de lExécutif,
du Judiciaire et du Parlement, ce, pour instaurer un régime
gouvernemental basé sur les libertés fondamentales
et le respect des droits humains, la concertation et la participation
de toute la population aux grandes décisions engageant la
vie nationale par une décentralisation effective ».

4. Quatrième jalon ou quatrième
commandement démocratique :
Droit de manger et de travailler
Il
va de soi que le droit de manger sinscrit naturellement dans
le cadre des Droits de la Personne. La réalité de
laffamé parce quexploité, accuse demblée
tant loppresseur que les autorités responsables de
faire respecter les droits inaliénables et imprescriptibles
à la vie.
En Haïti, les victimes des axes dexploitation
internationale ont du mal à manger parce quelles sont
mangées par ces axes dexploitation internationale.
Pour la course aux armements, « lensemble
des Nations consacre plus de 500 milliards de dollars lan,
soit 1 milliard 400 millions de dollars chaque jour. Avec seulement
15 jours de ces dépenses, on pourrait supprimer la faim sur
toute la planète durant plusieurs années ».
Le drame de laffamé nest
pas lié à labsence de nourriture mais à
labsence de justice sociale. Du travail, encore du travail,
voilà ce dont il a besoin pour gagner son pain à la
sueur de son front. Daucuns ont démontré que
si on remplaçait la fabrication dun bombardier B1 par
la construction dhabitations, à prix égaux,
on créerait 70 000 emplois ».
Comment justifier que 71% des agriculteurs haïtiens
cultivent moins dun carreau ou 1.2 ha de terre ?
Comment justifier que 30% des plus riches propriétaires
terriens, chez nous, possèdent plus des deux tiers des terres
arables ?
Certes, il faut transcender lindifférence
traditionnelle des secteurs politiques et économiques dominants
pour exiger le respect du droit de manger et de travailler. La faim
dun homme est la faim de lhomme.
À tout un chacun de travailler pour une
civilisation du travail et couper ainsi les racines de la faim.
La faim dun homme est la faim de lhomme.
Pour aller au-delà des frontières
du Verbe, explorons quelques pistes du réel tracées
du 7 février 91 à nos jours :
Dès le 7 février 1991, le gouvernement
Lavalasse commença à mettre de lordre dans ladministration.
Les ressources de lÉtat ont nettement augmenté.
Durant les quatre derniers mois du gouvernement précédent,
les recettes fiscales et douanières ont atteint une moyenne
mensuelle de 86.8 millions de gourdes, contre une moyenne de 122.9
millions pour les quatre premiers mois de notre gouvernement Lavalasse,
avec une nette tendance à la hausse (juin 137.6 millions).
En ce qui concerne les dépenses, en novembre 1990, lancien
gouvernement a déboursé 164.7 millions de gourdes ;
en juin 1991, le gouvernement Lavalasse a dépensé
86 millions. Aussi, pour la première fois depuis longtemps
les comptes publics ont accusé un surplus de 41 millions
de gourdes.
Laugmentation de la production alimentaire
savère indispensable. Pour y parvenir, nous allons
donc mettre en œuvre la réforme agraire prévue
par la Constitution (Art. 248) et mettre à la disposition
du paysan lencadrement nécessaire pour quil puisse
produire.
La participation du secteur privé est
essentielle pour la création dentreprises à
haute intensité de main-dœuvre. Si jadis, des
pratiques illicites avaient permis à certains secteurs de
piller le pays au détriment de la plus grande partie de la
population, notre gouvernement Lavalasse, au contraire, veille à
ce que les droits de tous soient respectés. Droit dinvestir
selon les normes constitutionnelles. Droit de travailler pour la
croissance humaine et économique. À vous chers amis
et investisseurs de lÉtranger, Haïti souhaite
dores et déjà, la plus cordiale et chaleureuse
Bienvenue.
5. Cinquième jalon ou cinquième
commandement démocratique :
Droit dexiger ce qui nous est dû
« Pansepan.
Panpapaw. » (creole)
Remarquable et exceptionnelle est la contribution
du Peuple Haïtien à la lutte démocratique déclenchée,
tout au long de ces dernières années, à travers
le monde.
À la croisée des flots démocratiques
de lEurope de lEst, de lAsie, du Moyen-Orient,
dAfrique du Sud, dAmérique centrale et dAmérique
du Sud, chez nous en Haïti, fit irruption une avalanche démocratique
baptisée Lavalasse. Aucune nation démocratique ne
peut exister seule sans tisser des liens géopolitiques, diplomatiques,
économiques et internationaux.
Aujourdhui, nous inscrivons notre droit
dexiger ce qui nous est dû dans le cadre de ces réseaux
de relations où tantôt, nous reconnaissons les fruits
dun passé riche mais appauvri, tantôt les fruits
dun présent exploité mais porteur despérance.
Et ceci grâce à la possibilité de réconcilier
un passé colonisé et un présent démocratique.
Héraclite dEphèse disait
à juste titre : « Les Hommes éveillés
nont quun monde, mais les hommes endormis ont chacun
leur monde ».
Haïtiennes et Haïtiens éveillés,
notre monde est celui de la justice. Justice pour tous. Justice
pour nous, trop souvent victime de linjustice sociale à
léchelle internationale !
Explorant les horizons de ce monde de justice,
jusqu`à quand les appauvris devront crier avec Démocrite :
« On cherche le bien sans le trouver et lon trouve
le mal sans le chercher ».
Convaincu que « mens agitat molem »
(lEsprit meut la masse) notre politique restera à lécoute
attentive des masses dont la voix réclame dans le respect
et la dignité ce qui nous est dû.
Il y va du traitement infligé à
bon nombre de nos sœurs et frères haïtiens vivant
en terre étrangère.
6. Sixième jalon ou sixième
commandement démocratique :
Légitime défense de la Diaspora,
dite 10ième département
Chassés
jusquen 1991 par la brutalité aveugle de la machine
répressive ou par les structures dexploitation, érigées
en système anti-démocratique, nos sœurs et frères
Haïtiens nont pas toujours la joie de trouver une terre
promise.
Illégaux, parce que les bourreaux ne
sauraient remettre à leurs victimes des certificats de fortune
dûment signés ; illégaux parce quils
ont dû voyager comme Boat People ou sans être munis
de pièces légales, ils ont largement contribué
cependant à la prospérité économique
des patrons préférant cette main-dœuvre
taillable et corvéable à merci.
Que dire de nos sœurs et frères
emprisonnés à Krome ? et ailleurs ? Au nom
de la démocratie, ny a-t-il pas lieu de se pencher
sur leurs dossiers et transformer leurs peines en joie ?
En vue dencourager les autorités
concernées à orienter les démarches en cours
vers cette joie tant attendue, nous gouvernement haïtien, combattons
continuellement contre les pratiques de fraudes et lobtention
de faux visas sur le sol haïtien.
Monsieur le Président, si en cette 46ième
Session ordinaire de lAssemblée générale,
nous nous exprimons en ces termes pour le bien-être de notre
communauté, nous tenons à dénoncer aux yeux
de lhumanité toute entière la violation flagrante
des droits des haïtiens vivant en République dominicaine.
Tandis que nous reconnaissons la souveraineté
de la République dominicaine, nous devons protester énergiquement
contre cette violation des droits humains.
Haïti et la République dominicaine
sont deux ailes dun même oiseau ; deux nations
qui partagent la belle île dHispaniola. Écho
de la voix de toutes victimes dont les droits sont bafoués,
engagé à respecter les droits humains malgré
des problèmes sociaux et les difficultés financières
provoquées par ce rapatriement forcé, nous tenons
à respecter les deux ailes de loiseau. En témoigne
laccueil quHaïti offre à tous ceux et à
toutes celles qui traversent la frontière, entendons Haïtiens
et Dominicains, Haïtiennes et Dominicaines.
Solidaires des minorités défavorisées,
nous réclamons une réparation tant pour les citoyens
dominicains de naissance et Haïtiens dorigine que pour
les citoyens haïtiens victimes de ce rapatriement.
Arrêtés et expulsés vers
le territoire haïtien, ils nont en général
ni toit, ni famille, ni emploi. Déjà, des estimations
conservatrices évaluent le nombre des rapatriés à
plus de 50 000. Avec lespoir que les instances internationales
concernées nous aideront à faire respecter les droits
fondamentaux de la personne, dores et déjà et
ceci de façon solennelle, nous proclamons avec fierté
et dignité que :
Plus jamais
plus jamais
nos sœurs et frères haïtiens
ne seront vendus pour
transformer leur sang en sucre amer.
Du sang en sucre amer
est inacceptable
linacceptable ne sera pas accepté.
Plus jamais
plus jamais
nos sœurs et frères Haïtiens
ne seront vendus pour
transformer leur sang en sucre amer.
7. Septième jalon ou septième
commandement démocratique :
Non à la violence, oui à Lavalasse
Une
révolution politique sans arme en 1991 ? Est-ce possible ?
Oui. Incroyable mais vrai. La pédagogie lavalasse, convergence
tactique et stratégique des forces démocratiques brandit
larme de lUnité contre celle de la violence.
Victoire éclatante ! Surprise historique !
À lécole du pauvre, la pédagogie
de la non violence active celle de lunité, triomphe
de la violence institutionnalisée. Après 1804, date
de notre première indépendance, 1991 ouvre lère
de notre deuxième indépendance.
Existe-t-il une nation démocratique capable
de demeurer indifférente à cette victoire de la non
violence précisément là où règnent
encore des structures de violences économiques ?
Est-ce légitime de mettre à lépreuve
la patience des victimes de la violence économique ?
Sil nexiste pas de la politique
en dehors des rapports de force, il nexiste pas nonplus déconomie
en dehors des rapports dintérêt.
Le capital de non violence que les masses haïtiennes
ont déjà investi insinue grâce à la Paix
retrouvée, des intérêts économiques considérables.
Une simple approche de psychologie sociale en dirait long. En effet
moins le moi social est attaqué par la sclérose oligarchique,
plus il jouit dune santé psychologique, politique et
économique.
La pédagogie de la non violence devrait
constituer une interpellation susceptible de susciter une prise
de conscience collective à lendroit de notre terre
de non violence.
Là où grondent les canons de la
violence, que brille le soleil de la non violence lavalassement.
8. Huitième jalon ou huitième
commandement démocratique :
Fidélité à lhomme,
richesse par excellence
Parler
de lhomme comme richesse par excellence peut insinuer loubli
de lor, du pétrole, du billet vert
Loin de là.
Il y a richesse et richesse. Le potentiel hydro-électrique
de lAmérique, selon certains experts, sil était
totalement exploité, aurait pu fournir plus dénergie
que tout le pétrole qui se consomme dans le monde.
Toutes ces richesses doivent être au service
de lhomme, pivot autour duquel gravite toute la politique
Lavalasse. Aussi sommes-nous prêts à témoigner
de notre fidélité à lui, embrassant tout ce
qui favorise son plein épanouissement. Ainsi, les liens harmonieux
déjà tissés avec la CARICOM sinscrivent
dans ce cadre de solidarité caraïbéenne pour
mieux promouvoir le bien-être humain.
Nous travaillons également à la
croissance de nos relations Sud-Sud, entre nos voisins de lAmérique
latine et nous. Il va sans nul doute que les relations Sud-Sud ne
sont pas les seules relations importantes pour Haïti. En effet,
nous partageons un héritage politique avec les États-Unis
dont lindépendance nous rappelle la mémoire
des pionniers haïtiens qui, précisément pour
cette indépendance se sont battus et sont morts. Tant la
France dont nous partageons lhéritage politique que
les État-Unis, dautres pays dAmérique
du Nord, dEurope, du Moyen-Orient, de lAfrique et dautres
parties du globe se situent avec nous dans les réseaux dinterdépendance
des Nations de la planète.
Nous voulons adresser ces mêmes souhaits
de paix et de croissance démocratique à lendroit
du Moyen-Orient et de lAfrique du Sud.
Au cours de ces dernières années,
lONU a su démontrer sous la houlette de Monsieur Javier
Perez de Cuellar, quelle pouvait être efficace dans
la solution des conflits pourvu quon lui en donne les moyens.
En témoignent la cessation des hostilités entre lIran
et lIrak, lindépendance de la Namibie et le début
dune solution à la question du Sahara Occidental. En
fait foi aussi la façon dont lONU a su réagir,
conformément à sa Charte, quand lun des États
qui la composent a été si cruellement agressé
le 2 août 1991 par lIrak. La manière dont le
conflit a été géré a certes suscité
des réserves légitimes. Toutefois, le rôle de
lOrganisation na aucunement été mis en
question. Néanmoins, la crise du Golfe a permis de soulever
nombre de questions encore suspendues.
Nous le savons tous, en dépit des efforts
déployés par lONU, il existe encore des Zones
de cette planète où les intérêts divergents
et lincompréhension entre les peuples continuent à
attiser des conflits entre les États et à lintérieur
des États. Malgré les victoires du peuple dAzanie
sur lappareil juridique du système dApartheid,
lon est loin datteindre le sommet de la démocratie.
Unis aux Noirs de lAfrique appelés
à jouir de tous les droits reconnus par la Déclaration
universelle des Droits de lhomme, nous profitons de cette
occasion pour convier la communauté internationale et principalement
les pays industrialisés, à ne pas lever de sitôt
les sanctions globales prises à lencontre du régime
de Prétoria. Diamétralement opposée à
lApartheid, la République dHaïti lutte pour
que la majorité noire dAfrique du Sud jouisse pleinement
de ses droits dans une société multiraciale et démocratique.
Bravo à Mandela ! Honneur à Mandela !
Le Gouvernement haïtien a noté avec
satisfaction le cessez-le-feu intervenu récemment entre les
parties en conflit au Sahara Occidental et réitère
son appui au processus en cours.
La souffrance dun homme est la souffrance
de lhomme. Notre politique se veut, jour après jour,
un témoignage éloquent à cette fidélité.
Fidélité à lhomme.
9. Neuvième jalon ou neuvième
commandement démocratique :
Fidélité à notre culture
La
praxis lavalasse entrelace des liens culturels au cœur même
de lunivers politique. La résistance à laliénation
culturelle garantit la santé psychologique du tissu démocratique.
En effet, tout suicide culturel entraîne la dévitalisation
du corps social et menace certainement les cellules démocratiques.
Vivre et vivre pleinement, cest aussi
salimenter à la source de sa culture.
Vivre et vivre pleinement, cest plonger
les racines de son être à la source de sa culture.
Celle-ci englobe la totalité de la vie
dun peuple. Il sagit là dune densité
dêtre à creuser et à explorer. Entendons
par cet être, un tissu de relations, relations pluridimensionnelles.
Définissant lhomme non comme fin mais comme un pont,
Friedrich Nietzshe le situe, que lon veuille ou non, à
la croisée de lacculturation et de lenculturation.
Il y va dune transition de semences culturelles susceptibles
de vivifier ou de blesser lêtre en son essence.
Les germes de culpabilité pathologique
transmis au contact des cultures dites dominantes / dominées
ne peuvent que nuire à toute croissance démocratique.
La politique lavalasse tend à valoriser
notre identité culturelle.
Aucun changement en profondeur ne peut se réaliser
démocratiquement sans une articulation des valeurs autochtones
imbriquées dans un tissu socio-culturel propre.
Kòd lonbrit nou
mare n ak rasin nou.
Rasin nou ak mwèl nou
se menmman parèyman.
Souse mwèl nou
se koupe rasin nou.
Koupe rasin nou
se sasinen kilti nou.
Cette fidélité à la culture
de lhomme nous invite à partager les préoccupations
du peuple kurde, du peuple palestinien, du peuple juif, des peuples
dIrak, tous combien attachés à leurs racines
dêtre.
Dans cette perspective de respect et de paix,
la République dHaïti se félicite grandement
de la prochaine admission des deux Corée au sein de la famille
des Nations-Unies.
La fidélité à notre culture
nous incite à aiguiser notre sens critique en vue de protéger
la santé de notre culture contre certains fléaux,
tel le trafic illicite des stupéfiants. Le gouvernement haïtien
tient à rappeler quune lutte efficace contre la production
de la drogue passe aussi par une assistance plus forte aux pays
latino-américains.
En ce qui concerne le trafic de la drogue lui-même,
il est important de rappeler quil est généré
et alimenté par la demande qui vient du Nord. Aussi, faut-il
à tout prix éliminer les incitations à la production
qui viennent des consommateurs des pays industrialisés. Des
actions concertées entre les États du Nord et du Sud
avec laide de lOrganisation des Nations Unies permettraient
de livrer une lutte plus efficace contre ce fléau des drogues
diverses rongeant femmes et hommes.
10. Dixième jalon ou dixième
commandement démocratique :
Tous autour de la table
Oui, tous autour de la table démocratique.
Ni une minorité sur la table,
ni une majorité sous la table,
mais tous autour de la table.
Tel
est bien un rendez-vous historique à la veille de 1992. Cest
en vérité, un vrai défi à relever au
seuil du troisième millénaire.
Sœurs et frères de la Jamaïque,
de la Barbade, de Trinidad, de Cuba, de la Dominique, de la Guadeloupe,
de la Martinique, etc., notre passé de lutte contre le colonialisme
nous conduit inévitablement vers létablissement
de liens plus profonds tout au long de notre marche vers la table
démocratique.
Nous autres en Haïti, depuis le 16 décembre
1991, date de sélections sous le haut patronage de lONU,
nous sommes en marche vers ce rendez-vous.
Il est temps que lendettement cesse de
conditionner le transfert net des ressources de nos pays appauvris
vers les pays riches. De fait, entre 1983 et 1988, le transfert
net des ressources vers les pays dits développés sest
élevé à 115 milliards de dollars. Pour la seule
année de 1989, ce transfert a atteint environ 60 milliards,
ressources financières dont les pays du Sud ont absolument
besoin pour leur croissance.
Monsieur le Président,
Je veux espérer que la quatrième
décennie pour le développement produise des résultats
concrets dans le cadre du nouvel ordre international à instaurer.
EN CETTE FIN DU XXième SIÈCLE,
LA RÉPUBLIQUE DHAÏTI RENONCE AU POUVOIR ABSOLU,
EMBRASSE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE, ENTONNE LHYMNE
DE LA LIBERTÉ, DE LA FIERTÉ ET DE LA DIGNITÉ.
Liberté
conquise !
Fierté
retrouvée !
Dignité
ressuscitée !
En cette fin du XXième siècle,
la République dHaïti a lhonneur de saluer
lunité des Nations.
Nations
Unies
pour un monde uni.
Nations
Unies
par des peuples unis.
Quant au Peuple haïtien, nous saluons à
nouveau son courage héroïque en criant :
Mieux vaut périr avec le peuple
que de réussir sans le peuple.
Mais avec le peuple,
il ne saurait y avoir de défaite, alors,
à nous la victoire !
Pase pou n reyisi san pèp la
Pito n echwe ak pèp la
E ak pèp la, nou pap echwe.
De même,
nous croyons en lHomme.
Là où un homme est exploité,
appelez-nous.
À votre appel, nous répondrons
oui 77 fois oui.
À lexploitation, nous répondons
non 77 fois non.
Défendre les droits de lhomme,
telle est la mission de lONU.
Nous croyons dans la paix.
Là où sévit la guerre,
appelez-nous.
À votre appel, nous répondrons
oui 77 fois oui.
À la guerre, nous répondrons
non 77 fois non.
Garantir la paix,
telle est la mission de lONU.
Nous croyons dans la fraternité
des peuples.
Là où des peuples se rejettent,
appelez-nous.
À votre appel, nous répondrons
oui 77 fois oui.
Au rejet, nous répondrons
non 77 fois non.
Être un lieu de dialogue,
telle est la mission de lONU.
Nous croyons au Peuple haïtien.
Là où il lutte lavalassement,
nous y sommes
et nous y serons toujours.
Mieux vaut périr avec le peuple
que de réussir sans le peuple.
Tandis que retentit
lécho de ce credo,
enguise de conclusion,
laissons retentir
lécho du credo démocratique.
Nous croyons en ces 10 commandements démocratiques.
Nous croyons en cette politique démocratique.
Nous croyons au au rendez-vous où il ny aura
ni une minorité sur la table,
ni une majorité sous la table,
mais TOUS autour de la table démocratique.
Quil en soit ainsi
au nom du Peuple
et de ses Fils
et de son Esprit Saint,
amen.
Unis, nous sommes forts.
Unis dans la Caraïbe, nous sommes une puissance.
Unis dans le monde, nous sommes une puissance de paix,
de justice, damour et de liberté.
Avons-nous
le droit de parler ici ?
Alors, si oui, disons-le ensemble de telle sorte que lécho
résonne en Haïti :
Yon sèl nou fèb.
Ansanm nou fò.
Ansanm ansanm nou se Lavalas.
Seuls nous sommes faibles
Ensemble nous sommes forts
Tous ensemble nous sommes Lavalas.

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