TEMPÊTE DE VERGLAS
LETTRE AU PREMIER MINISTRE DU QUÉBEC
MONSIEUR LUCIEN BOUCHARD
Montréal, le 21 janvier 1998
Honorable Lucien Bouchard
Premier Ministre du Québec
Édifice Hydro-Québec
75, boulevard René Lévesque Ouest
Montréal (Québec)
H2Z 1A4
Monsieur
le Premier Ministre,
« C’est dans l’adversité »,
j’allais dire dans « l’obscurité »,
qu’on reconnaît les vrais amis.
Dans cette épreuve nationale due au
manque d’électricité par suite des intempéries,
chacun de nous, au Québec comme ailleurs, reconnaît
en vous l’Homme d’État, l’ami très
sensible aux besoins du Peuple Québécois.
Solidaires entre nous dans cette pénurie,
nous sommes aussi solidaires de votre énergie, de votre volonté
de bâtir et de rebâtir.
Énergie des Années 60 éprouvée,
en bute aujourd’hui à « la
crise du verglas », que nous réserve dans
ce domaine la Science au carrefour
du troisième millénaire ?
À chacun, selon ses moyens, de manifester
sa solidarité.
Ma contribution, apparemment futuriste, réfère,
Monsieur le Premier Ministre, à une source inépuisable
d’énergie qu’il s’agit maintenant d’apprivoiser.
Dans un livre à tirage limité,
traduit en anglais pour les besoins de la cause, intitulé
« BILL A RI And There Was
Light » adressé au cours de la dernière
campagne électorale américaine au Président
Bill Clinton qui en accusa réception, j’ai osé
aborder ce sujet.
Une seconde copie de ce manuscrit est parvenue
au 24 Sussex à Ottawa, destinée au premier Ministre
du Canada, la veille de la visite du Très Honorable Jean
Chrétien à la maison Blanche.
Quant à la version originale française
intitulée alors « Haïti !
Que la lumière soit ! », elle a été
remise de la main à la main par les soins de l’ambassadeur
canadien à Port-au-Prince, Monsieur Hubert Feuillé,
au Président Jean Bertrand Aristide.
C’est vous dire, Monsieur le Premier Ministre,
que dans les circonstances exceptionnelles que vit le Québec
aujourd’hui sur le plan de l’énergie, toute exploration,
à moyen ou à long terme, par l’expertise d’Hydro-Québec,
d’une source additionnelle d’énergie à
la fois sécurisante et rentable, ne serait pas à dédaigner.
Le Président Directeur Général de la Société
Hydro-Québec qui vous seconde si admirablement, vous secondera
encore davantage, je l’espère, dans cette nouvelle
perspective.
Dans ma lettre au Président Bill Clinton
comme dans celle à votre homologue fédéral
Monsieur Jean Chrétien, j’ai évoqué,
à leur égard, cette perspective. Bien malin qui saurait,
face à cette possibilité, qui de l’un ou de
l’autre voudrait s’en prévaloir le premier.
Rien de sorcier dans tout ça, Monsieur
le Premier Ministre. En dépit de mon ascendance haïtienne
et de mes précautions oratoires. Il en est sans doute ainsi
quand il faut forcer un tabou. Un tabou de taille, Monsieur le Premier
Ministre, je vous l’avoue. Un tabou « scientifique ».
Comme il s’en trouve rarement.
Pourquoi fallait-il que cela m’arrive
à moi, comme ça, comme une tempête de glace,
caméra à la main, en pleine obscurité ? — « Le
tabou se présente comme un impératif catégorique
négatif » — affirme Roger Caillois.
Ce n’est pas peu dire. Surtout lorsqu’il s’agit
de corriger adéquatement la théorie de Newton sur
la lumière et les couleurs.
Quelle besogne ingrate, quelle ironie, que sais-je
encore ? Et cela depuis plus de vingt-cinq ans. Mais à
l’aube du vingt et unième siècle, renverser
ce tabou, l’inverser devrais-je dire, quel atout !
Et s’estompent du même coup les multiples tabous qui
entourent un autre phénomène de la plus haute portée
scientifique, le phénomène bien connu sous l’appellation
abusive de « Trous Noirs »,
synthèse de la lumière et des couleurs. Car Newton,
de bonne foi sans doute à son époque, a vraiment inversé
l’interprétation du phénomène de la lumière.
Il a pris la partie pour le tout ! Tant et si bien qu’aujourd’hui
comme hier, le visible parait tellement plus séduisant. Des
physiciens le disent : « de quatre-vingt-dix à
quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la matière de l’univers
est composée d’une matière noire, invisible,
qui engendre, propulse et entoure le visible, comme la mer entoure
les continents ». Des savants l’affirment, tel
Stephen Hawking. Le Télescope Hubble le confirme. Mais l’Optique
théorique ne bouge pas.
Mon intervention, ici, Monsieur le Premier Ministre,
voudrait dire ceci. Il est possible d’utiliser une autre forme
d’énergie. En décodant la Matière Noire.
Par l’expertise d’Hydro-Québec qui en a vu d’autres
et sait voir de toutes les couleurs. Sans jeu de mots. Théoriquement
d’abord. En renvoyant l’ascenseur à Newton. Car,
aujourd’hui, Hydro-Québec est au courant ! Pardonnez,
cette fois, ce tout petit jeu de mots, qui veut vous rendre hommage.
Pour l’Acte qui consiste à faire AMENDER LA LOI DE
NEWTON SUR LA LUMÌERE ET LES COULEURS.
Comment cesser aujourd’hui de prendre
l’effet pour la cause ?
— Objectivement et d’une manière
pragmatique, par une synthèse nouvelle ; dès
lors, quelle libération ! Au seuil du troisième
millénaire, que vive la lumière, invisible par synthèse,
visible par analyse !
« Synthèse
et analyse sont les deux ailes du même oiseau, le rythme cardiaque
de l’univers, apprivoisé dans l’infiniment petit
ayant une masse. Contractés et déployés successivement.
Au profit de l’humanité.
Un petit pas pour l’Homme, un pas de géant pour l’humanité »
disais-je à mon tour dans « BILL A RI et
voici la lumière… »
Malencontreuse tempête de glace, certes !
Versus éclairage ; versus vivifiante chaleur. Malencontreuse,
oui, mais combien opportune tempête, si j’ose dire,
qui nous invite à explorer d’autres avenues, d’autres
concepts et, partant, d’autres ressources jusque-là
négligées. Invitation à passer de l’invisible
au visible et vice versa. Mettant ainsi à profit la séquence
des vitesses lumineuses incolores et colorées. Pour mieux
comprendre l’Univers. Là où existent la Loi
et l’Ordre. Comme en Démocratie !
Formule énergétique à caractère
unique !
Au nom de la Science et de la Technologie, on
renverse la vapeur !
Formule gagnante. Au Québec. Par le Québec.
Par Hydro-Québec !
Quant au concept qui m’a permis d’effectuer
ces recherches, de tirer certaines conclusions et d’en proposer
ainsi l’application, permettez-moi, Monsieur le Premier Ministre,
malgré vos nombreuses obligations et préoccupations,
une petite et rapide digression.
1972. Un jeune avocat talentueux. Je le consulte
sur les droits d’auteur, la propriété intellectuelle,
la protection légale. Il recueille des données, s’enquiert
auprès de ses confrères, au Barreau. Des jours, des
mois se passent. J’appelle et je rappelle. Un an, deux ans.
J’insiste. J’exige, pour payer la note, d’obtenir
une réponse. Il propose, en privé, un rapport verbal.
Je lui dis l’importance que j’attache à un compte
rendu par écrit. Visiblement mal à l’aise, à
son corps défendant, il me remet, datée du 16 août
1974, une lettre ! Vous
êtes, Monsieur le Premier Ministre, le tout premier à
en recevoir aujourd’hui, ci-inclus, copie.
Quant au rapport
verbal mentionné dans la lettre que je vous adresse
aujourd’hui, c’était autour d’un verre
de bière — de la Brasserie bien connue MOLSON — je
m’en rappelle encore, que le jeune et talentueux avocat, bien
malgré lui mais en toute déférence et amitié,
me livra le verdict de ses aînés, ses confrères
du Barreau :
« Vous
êtes », disent-ils, « un
Noir
illuminé ! »
Feignant l’effet d’une certaine
euphorie que procure discrètement la fameuse bière
MOLSON, je lui dis d’un air à peine exalté mais
sincèrement heureux :
« Moi Lucien, du latin Lucianus
qui, de par la racine Lux, Lucis
et toute autre déclinaison me rappelle Fiat !,
alors Fiat Lux ! Levons
notre verre à ton Barreau et Que
la lumière soit ! »
« Un
Noir illuminé ! » lui dis-je encore,
soudain, « dans la blanche cérémonie où
la neige au vent se marie, dans ce pays de poudrerie… »
chanté par Gilles Vigneault,
quel spectacle !
Hommage à vous, Monsieur le Premier Ministre,
car aujourd’hui comme hier, dans le Pays chanté
par Gilles Vigneault, grâce
à vous, à vos collaborateurs, à tous les Québécois
et Québécoises, et au « Père »
qui a fait bâtir maison, « la
chambre d’amis, elle est belle ! »
Comment ne pas songer ici à René
Lévesque, un samedi de rencontre préréférendaire,
entouré du Docteur Camille
Laurin, du Docteur Denis Lazure,
du Père Jacques Couture,
de Gérald Godin de vénérée
mémoire, sans oublier l’ex-député Pierre
de Bellefeuille. Face à lui ce samedi-là, illuminé
par je ne sais quelle obscure clarté, je lui remis
de la main à la main un condensé sur ce sujet qu’il
m’est donné d’aborder avec vous aujourd’hui.
Une phrase en résumait le contenu. Il m’a promis de
lire le tout dans sa limousine, sur le trajet de retour de Montréal
à Québec. Le lendemain, soit le dimanche matin, j’ai
su qu’il l’avait lu.
À vous aujourd’hui, Monsieur le
premier Ministre, je redis cette phrase, vielle maintenant de plus
de vingt-cinq ans, mais toujours, selon moi, porteuse du même
message que je souhaite des plus positif pour les années
à venir, au troisième millénaire…
« À
l’échelle cosmique comme à l’échelle
terrestre, l’obscurité ou la noirceur fait partie intégrante,
sine qua non, du processus de la lumière et de la couleur ».
Fait-il
toujours plein jour
à l’ombre du soleil noir ?
Votre tout dévoué,
Lucien BONNET

|